TKV Desikachar fait partie d’une longue lignée de maîtres yogi, dont le père était était Krishnamacharya.

Entre autres élèves prestigieux, Krishnamacharya a été le maître de BKS Iyengar et Pattabhi Jois. 

Son propre fils, TKV Desikachar, est lui aussi devenu un enseignant de premier ordre. il est lui aussi à l’origine d’un courant de Hatha yoga : le Viniyoga.

Premières années : formation en yoga de Desikachar

Né à Mysore en 1938, Desikachar a déménagé à Chennai (anciennement Madras) au début des années 1960. 

Il suivit tout d’abord une formation d’ingénieur, parce que le yoga ne l’intéressait alors pas vraiment.

Or un jour qu’il était présent à Chennai dans l’école de son père, il fut témoin de l’infinie reconnaissance que l’une des patientes témoignait à Krishnamacharya pour l’avoir guérie.

En 1961, il décida alors d’abandonner sa carrière d’ingénieur pour devenir l’élève de son père.
Il faut se souvenir qu’à ce moment, la pratique du yoga n’avait pas la popularité et le prestige dont elle jouit aujourd’hui.

TKV Desikachar, fondateur du Viniyoga, et son père Krishnamacharya
TKV Desikachar et son père Krishnamacharya

À partir des années 1970, il enseigna dans le monde entier et publia de nombreux livres qui devinrent des best-sellers. Son nom et ses enseignements devinrent connus dans le monde entier.

Desikachar et l’enseignement du Yoga

Desikachar est connu pour sa capacité à vulgariser les enseignements du yoga, ainsi que pour son travail de pionnier dans le domaine du bien-être et de la thérapie par le yoga

Il a passé une trentaine d’années à étudier intensivement avec son père et professeur ; parmi les élèves de Krishnamacharya, c’est lui qui a suivi le plus longtemps son enseignement.

Lorsqu’il était jeune, il trouvait parfois le yoga si ennuyeux qu’un jour, pour échapper à une séance, il avait grimpé et s’était caché dans un cocotier !

Mais à partir de ses 20 ans, il entama avec enthousiasme une formation officielle avec son père.

Il apprit la pratique et l’application de tous les outils du yoga, y compris le chant; ainsi il pouvait aider les gens de manière thérapeutique, pour qu’ils vivent mieux dans leur vie quotidienne. Et qu’ils puissent évoluer spirituellement. 

Il étudia en profondeur de nombreuses œuvres littéraires traditionnelles, dont le Vishnu Sahasranama, la Bhagavad Gita, le Vishnu Purana, les hymnes du grand saint Vaisnavite Vedanta Desika, le Yoga Rahasya de Nathamuni, les Yoga Sutras de Patanjali, le Yajnavalkya Samhita, le Yoga Taravalli et le Hatha Yoga Pradipika. 

Vous pouvez regarder cette courte interview, où Desikachar parle de sa « découverte » du yoga :

Cette longue période d’études explique pourquoi l’enseignement de Desikachar représente si fidèlement toute la tradition de son père.

La carrière d’enseignant de Yoga de Desikachar

S’appuyant sur les enseignements de son père, Desikachar développa ensuite le Viniyoga, terme tiré des Yoga Sutras de Patanjali.

Cette approche hautement individualisée adapte la pratique à la condition physique et mentale, à l’état émotionnel, à l’âge, à la culture et aux intérêts de chaque élève. 

L’approche se veut holistique ; tous les aspects de la pratique sont alignés avec les Yoga Sutras.

Lorsque le philosophe et maître Krishnamurti demanda à T. Krishnamacharya des cours de yoga, celui-ci désigna T.K.V. Desikachar pour être son professeur.

Quotidiennement à partir de janvier 1966, J. Krishnamurti, avant sa conférence du matin, l’accueillait sous le porche de sa résidence, une rose à la main. 

T.K.V. Desikachar lui proposait matin et soir une pratique de yoga personnalisée d’une vingtaine de minutes.

J. Krishnamurti fut ravi de constater rapidement des améliorations sur sa santé ; si bien qu’il conseilla à de nombreuses personnes de se mettre au yoga avec T.K.V. Desikachar , ce qui contribua à populariser de plus en plus le yoga à Chennai.

Le Krishnamacharya Yoga Mandiram (KYM)

En 1976, TKV Desikachar et A. G. Mohan fondèrent la Krishnamacharya Yoga Mandiram (KYM), une clinique de thérapie par le yoga et un centre de yoga à Madras, en Inde.

Le KYM offre une formation d’enseignant et un enseignement individuel aux asanas, au pranayama, à la méditation, à la philosophie du yoga et au chant védique, ainsi qu’une recherche novatrice sur l’impact du yoga sur les personnes souffrant de schizophrénie, de diabète, d’asthme, de dépression …

La Fondation a déposé des droits d’auteur sur Viniyoga en Inde et dans l’Union européenne.

Desikachar est décédé en 2016 à Chennai, à  78 ans, d’une maladie dégénérative.

Son épouse, Menaka Desikachar, enseigne le yoga et le chant védique à KHYF. 

Kausthub Desikachar, un de ses fils, est directeur général, enseignant principal et consultant en thérapie par le yoga chez KHYF. 

TKV Desikachar et son fils Kausthub Desikachar
TKV Desikachar et son fils Kausthub Desikachar

Origines du Viniyoga, fondé par TKV Desikachar

Le viniyoga a été créé par Krishnamacharya, souvent surnommé le « père du yoga moderne ».

Il s’est ensuite répandu grâce au travail de son fils T.K.S Desikachar

Gary Kraftsow, qui possède et dirige actuellement le Viniyoga Institute aux États-Unis, est l’un des premiers promoteurs de ce type de yoga dans le monde occidental.

Krishnamacharya estimait que cette forme de yoga était la plus épurée, directement tirée des Yoga Sutras de Patanjali. 

Selon lui, le Viniyoga est avant tout un voyage spirituel.

Les voyages spirituels concernant  par essence l’individu, les pratiquants de Viniyoga doivent suivre leur propre voie de yoga.

La signification de la pratique est différente pour chacun, il ne peut y avoir d’application universelle pour tous.

Les sources du Viniyoga

Le yoga dit « de Desikachar » ou « de Madras » se réclame d’une lignée très ancienne de sages, dont la source remonte au IXème siècle sous la forme d’un enseignement connu sous le nom de « Yoga  Rahasya » (« yoga secret »), révélé par un grand yogi dévot de Vishnu, Nathamuni.

Ramanuja, un grand maître spirituel, était son petit fils.

La légende dit qu’il reçut en songe un enseignement de yoga : il eut la vision d’un sage d’une époque antérieure, et codifia cet enseignement sous le nom de « Yoga  Rahasya ».

Ramanuja consacra sa vie à l’étude, la pratique, l’enseignement du yoga, et à l’adoration du Seigneur Krishna. Il vécut jusqu’à un âge très avancé. 

Son oeuvre, écrite en sanskrit,  a été en partie perdue, mais a pu se perpétuer grâce à la transmission orale selon la tradition, de maître à disciple, jusqu’à Krishnamacharya (lien).

Krishnamacharya a été l’instructeur privilégié de son fils Desikachar.

TKV Desikachar et son père Krishnamacharya en photo
TKV Desikachar et son père Krishnamacharya en photo

Le Viniyoga, qu’est-ce que c’est ?

Viniyoga peut être traduit en divisant le mot Vini en «Vi», en sanscrit pour «adaptation» et en «Ni» signifiant «application appropriée». Combiné au yoga (qui signifie union), le mot décrit une forme de yoga sur mesure en quelque sorte.

Le Viniyoga est moins un style de yoga, qu’une approche particulière pour en utiliser les outils.

1 – Adaptabilité, Viniyoga :

Patanjali et d’autres grands maîtres ont reconnu que chaque personne était différente et qu’une même personne était différente selon les étapes de sa vie. 

C’est pourquoi ils ont proposé une multitude d’outils ; à chaque enseignant de choisir les outils appropriés au contexte, selon les besoins et les capacités de l’élève, et de mettre en place la pratique de yoga appropriée.

Les raisons pour lesquelles on vient au yoga sont multiples. Ce peut être pour accompagner une pratique sportive, pour se préparer à l’accouchement, pour être plus concentré et plus énergique, pour se détendre … De plus, personne ne part du même point. Par conséquent, autant d’approches seront nécessaires.

« Le Viniyoga est l’adaptation appropriée des outils holistiques du yoga tels que Asanas, Pranayama, chants, prières et rituels, pour répondre aux besoins des individus en respectant les différences d’âge, de culture, de religion, de philosophie, de profession, de physiques, de santé et d’états émotionnels qui définissent chaque pratiquant. » 

TKV Desikachar

Si nous voulons atteindre un objectif particulier, nous devons prendre en ccompte de nombreux éléments avant de décider de notre stratégie. 

Chaque étudiant est particulier, c’est pourquoi lors d’une pratique de yoga, un enseignant doit tenir compte des particularités de l’élève :

  • l’ âge de la personne
  • l’état physique et psychologique ( émotivité, manque de confiance …)
  • son appartenance à une culture ou religion
  • ses attentes
  • le lieu où il vit, l’époque de l’année
  • ses activités (professionnelles …), ses centres d’intérêts
  • ses responsabilités familiales
  • son endurance, sa mémoire, le temps que la personne peut consacrer à la pratique

Chaque pratique a un objectif unique en fonction du contexte, c’est ce qui constitue le cœur du Viniyoga.

La fonction prime sur la forme.

Plutôt que d’aspirer à créer la pose parfaite, la pose elle-même est utilisée pour créer des changements positifs dans le corps : par exemple, le soulagement du stress ou le soulagement de la douleur, est plus important que l’apparence « parfaite » de l’asana.

La nécessité pour chaque élève d’apprendre individuellement était bien comprise dans l’Antiquité ; Patanjali s’y réfère au moins deux fois, mais son sens et son utilisation ont été perdus jusqu’à ce que Krishnamacharya y mette l’accent dans son propre enseignement ; au début des années 1900, il utilise le terme Viniyoga pour faire référence à l’adaptation des pratiques yogiques à chaque individu.

À partir des années 1960, son fils et étudiant, TKV Desikachar, répandit ce concept dans le monde entier. 

Les gens étaient fascinés par cette approche très différente des pratiques standard auxquelles ils étaient habitués. 

Desikachar, lors de cette interview, parle justement de sa conception du yoga, de ce qu’il  est, de ce qu’il apporte :

2.- Synchronicité entre le mouvement du souffle et celui du corps, vinyasa

Vinyasa signifie « souffle synchronisé avec le mouvement ». Il s’agit de faire un mouvement sur chaque temps du souffle :

  • À l’inspire, on fait des mouvement d’ouverture, d’extension arrière, d’étirement vers le haut.
  • À l’expire, on fait des mouvements de flexion avant, latérale ou de torsion ; ou alors une prise de posture.

3 – Progression, krama

Desikachar a enseigné l’importance d’enseigner progressivement, étape par étape, avec 

  • une recherche de progression dans la posture :
  • en premier lieu une phase dynamique pendant laquelle l’asana est répété au moins 3 fois (en le synchronisant avec le souffle)
  • puis une phase de  posture statique, en la faisant durer de 2 à 10 mn, afin de faire partir les tensions.
  • l’asana peut être aussi être pris directement en statique : ainsi la progression s’effectue alors à l’aide du pranayama.
  • une recherche de progression dans la séance : chaque séance est conçue autour d’une posture centrale, avec des posture de préparation et une ou deux postures de retours, appelées postures de compensation.
               

4 – Concentration, bhavana

Bhavana veut dire « méditation sur » ; on le traduit aussi par « objet de concentration »

Il s’agit de la concentration pendant le travail postural.
Elle peut avoir différents supports : le souffle, la sensation, les énergies qui circulent, les chakras, un mantra, ou même un yama (principe éthique) ou un niyama (règle de vie personnelle) …

La concentration permet d’apaiser les mouvements de la pensée .

5 – Ardeur, tapas :

L’enseignement de Krishnamacharya et de Desikachar s’appuie également sur les trois piliers de la philosophie des Yoga sutras de Patanjali :

« Le yoga de l’action se pratique selon trois modalités inséparables : un effort soutenu, la conscience intérieure du Soi et l’abandon au Seigneur.»

Aphorisme II.1
  • D’abord Tapas : rigueur (effort soutenu sans forcer au-delà de ses limites), pour défaire les tensions et faire circuler l’énergie.
  • Puis Svadhaya : connaissance du Soi (par un processus d’intériorisation)
  • Enfin Ishvarapranidhana : abandon au Seigneur

Dans un premier temps Desikachar a montré comment le yoga pouvait aider, d’abord pour la santé en général, et d’autre part à des fins thérapeutiques précises et pour la transformation spirituelle.

Il a ravivé l’importance d’observer et d’écouter l’élève. Il n’y a pas d’approche standardisée, car chaque personne est aidée à se réaliser pleinement, et non à devenir la mauvaise copie de quelqu’un d’autre.

On pourrait même dire qu’avec le Viniyoga, il y a autant de styles qu’il y a de praticiens ou même de pratiquants.

Dans mes enseignements de Green Yoga, Je me sens proche de la philosophie du Viniyoga, par son respect des besoins individuels de chacun et son humanité.

Par conséquent certains de mes élèves aussi formés dans cette tradition du Viniyoga ont relevé nombre de similarités dans mon approche lors de mes enseignements de Green Yoga.

J’ai conservé le sens de la restructuration des corps de BKS Iyengar, tout en me sentant proche du Viniyoga par la pédagogie et la philosophie.

Pour approfondir vos connaissances sur les différentes pratiques de yoga proche du vinyasa, je vous conseille particulièrement mes formations de yoga thérapie.